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La dictature est la forme la plus complète de la jalousie.
Les bourreaux d’Alger(rappel)

 
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MessagePosté le: Lun 28 Fév - 20:14 (2011)    Sujet du message: Les bourreaux d’Alger(rappel) Répondre en citant

Les bourreaux d’Alger


L’histoire se venge. Voilà en effet que dans le cadre d’une information judiciaire ouverte par le parquet de Paris à propos de la mort des sept moines de Tibéhirine au printemps 1996, des révélations accablantes sont faites mettant en cause l’armée algérienne. De quoi déstabiliser le régime d’Alger et détériorer les relations diplomatiques
avec Paris.
Il faut dire que depuis pratiquement treize ans, ce dossier était entouré d’une suspicion particulière. Le 27 mars 1996, sont enlevés sept moines du monastère de Tibéhirine, situé près de Médéa à quelque soixante kilomètres au sud-ouest d’Alger. Un acte porté à la chrétienté dans son expression la plus symbolique. Il ravive le discrédit des Islamistes et il est rapidement instrumentalisé par la junte d’Alger pour remobiliser l’Occident autour de la politique éradicatrice des généraux. Cette politique, rappelons-le, avait été battue en brèche par la plateforme de Rome signée le 13 janvier 1995 à l’initiative de l’association Sant Egidio et qui appelait le pouvoir à des “négociations” pour faire cesser la “guerre civile”. Le 18 avril 1996, l’enlèvement est revendiqué dans un premier communiqué par le GIA (Groupe islamique armé), qui propose un échange de prisonniers. Le 21 mai, le même GIA annonce avoir «tranché la gorge des sept moines». Le 30 mai, seules leurs têtes sont retrouvées près de Médéa mais les corps restent introuvables. Le père Armand Veilleux, procureur général de l’Ordre cistercien trappiste, se constitue partie civile et dépose en décembre 2003 une plainte contre X en même temps que la famille de l’un des moines. Le 10 février 2004, le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, chargé de l’enquête, ouvre une information judiciaire pour «enlèvements, séquestrations et assassinats en relation avec une entreprise terroriste».

Assassinats
A la suite de son départ à la retraite, c’est le juge d’instruction antiterroriste Marc Trévidic qui se voit confier cette procédure. Le 25 juin 2009, il recueille un témoignage inédit du général français François Buchwalter, aujourd’hui à la retraite. Attaché de défense à Alger entre 1995 et 1998, cet officier fait état de confidences d’un ancien officier de l’ANP dont le frère était chef d’une escadrille d’hélicoptères -il avait été son instructeur à Saint-Cyr. Il raconte ainsi qu’en mai 1996, son frère, qui patrouillait en hélicoptère dans la zone Blida-Médéa avait ouvert le feu avec d’autres militaires sur un bivouac s’apparentant à un groupe islamiste armé. Ils ont découvert ensuite, «une fois posés, qu’ils avaient tiré notamment sur les moines… Leurs corps étaient criblés de
balles». Il faut rappeler que le rapt des moines est l’épilogue de mesures et de pressions qui pesaient sur eux depuis plusieurs années. Ils étaient en effet témoins de la “sale guerre” menée contre les islamistes, plus encore: ils les soignaient et les protégeaient même discrètement.
C’était inacceptable pour l’armée. Et le 26 mars 1996, au Centre territorial de recherches et d’investigation (CTRI) de Blida, le général Smaïl Lamari, alors numéro deux du DRS (Département recherche et sécurité) met au point l’opération d’enlèvement. À Paris, deux réseaux s’activent pour tenter de négocier la libération de ces moines: le premier, officieux, est celui de Jean-Charles Marchiani, un proche de Charles Pasqua, ancien ministre de l’Intérieur, le second est celui du Premier ministre, Alain Juppé, sévère à l’égard du régime d’Alger et qui actionne la DGSE (Direction général de la sécurité extérieure). Il y aura pas mal de cafouillage dans les contacts et les initiatives de ces opérateurs français. Les otages seront finalement exécutés, le GIA mettant en cause le refus du gouvernement français de négocier. On peut s’étonner au passage que Paris n’ait pas ouvert une enquête à la suite de ces assassinats… Par la suite, les moines seront décapités, le DRS algérien ne pouvant pas présenter les corps criblés de balles, mais seulement les têtes pour imputer cet acte barbare au mode opératoire du GIA.
La liste mortifère est encore marquée quelques semaines plus tard par le mystérieux assassinat de Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran. Le 1er août 1996, il meurt à la suite d’un attentat à la bombe. Quelques heures auparavant, la rue qu’il devait emprunter pour aller à l’évêché avait été évacuée ainsi d’ailleurs que les gardes de faction devant cet édifice. D’après certaines sources, l’évêque était très proche des moines de Tibéhirine et il avait de fortes suspicions quant à la complicité ou même l’implication des services algériens dans leur assassinat. Il en a d’ailleurs fait état peu avant sa mort au ministre français des Affaires étrangères, Hervé de Charrette, qui s’était rendu au monastère dans un avion affrété par le président Liamine Zeroual. L’attentat contre l’évêque d’Oran, le jour même de l’arrivée de cet officiel de Paris, n’était pas autre chose qu’un signal fort du clan éradicateur au gouvernement français pour le pousser à appuyer
sa politique.
Les généraux égorgeurs, coupables donc et responsables: tel est bien le trait structurant de la précédente décennie de sang. L’acte d’accusation n’a pas fini d’être établi et finalisé. Mais certains dossiers noirs que l’on peut rappeler témoignent d’une certaine forme de gouvernance qui a modelé l’Algérie d’aujourd’hui, surtout depuis l’interruption du processus électoral le 11 janvier 1992.
Les exactions perpétrées par des éléments du colonel “Béchir” pseudonyme du colonel Athmane Tartag du Centre militaire de Ben-Aknoun (près d’Alger), se basent sur une spécialité: faire exécuter les familles d’islamistes passés dans la clandestinité et revêtant le look “afghan” (barbe, kachabia).

Antennes
Il coiffe également avec le général Smaïl Lamari les antennes du DRS dans chacune des six régions militaires, les fameux CRTI. Dans son livre sur La Sale guerre, le lieutenant Habib Souaïdia, alors en poste à Lakhdaria au sein du 25ème régiment, donne des précisions accablantes sur ces techniques et ces crimes. Des hélicoptères sont souvent utilisés pour les massacres de populations vivant dans des hameaux de montagne, soupçonnées de soutenir les groupes armés. Pas de survivant, telle était la règle: cela permettait d’incriminer les terroristes. Dans la nuit du 6 juillet 1994, sept marins italiens d’un bateau à quai au port de Djendjen, à l’Est, sont assassinés, égorgés dans leurs cabines, par un groupe d’hommes venus à la nage ou à bord d’un zodiac.
Le FIS réagit en condamnant cet «acte barbare». Le G7, qui était réuni le jour même à Naples, dénonce la «violence islamiste» frappant l’Algérie et décide, à l’initiative de la France, de consentir des mesures d’allègement de la dette en faveur de ce pays et de certains autres. Durant les semaines précédentes, le FMI promet un concours d’un milliard de dirhams à l’Algérie, alors en situation critique avec un service de la dette de 9,4 milliards de dollars pour des recettes d’exportation d’hydrocarbures estimées à 8 milliards de dollars à peine pour l’ensemble de l’année. Il accepte également le rééchelonnement de la dette extérieure, évaluée à plus de 28 milliards de dollars. La France, de son côté, débloque après l’affaire des marins italiens des crédits de 6 milliards de francs; et le Club de Paris donne son accord au même moment pour le rééchelonnement de cinq milliards de dollars.

Violence
Si le président Zeroual reste ouvert à un dialogue avec le FIS recommandé instamment par les dirigeants du G7, le clan des éradicateurs, lui, étend ses attributions au détriment du général Saïdi Fodhil, considéré comme un “dialoguiste” et qui est muté contre son gré au Sahara. Le DRS va alors développer sa politique d’infiltration et de manipulation des GIA (Groupes islamiques armés).
A l’issue d’une réunion à la mi-mai, dans la région de Laarba, des dirigeants de groupes armés opposés au dialogue prôné par les leaders du FIS emprisonnés, Abassi Madani et Ali Benhadj, décident d’unifier leurs forces. Se retrouvent ainsi Mohamed Saïd et Abderrazak Redjam représentant le “FIS de l’intérieur”; des dirigeants du Front islamique du djihad armé (FIDA); Saïd Makhloufi, chef du Mouvement pour un Etat islamique (MEI); enfin Cherif Gousmi, dit Ahmed Abou Abdellah, alors “émir national” du GIA, qui a succédé à Sid Ahmed Mourad, dit Djaâfar El-Afghani. Le communiqué appelle tous les moudjahidines à rallier le GIA qui n’acceptera «ni trêve, ni dialogue, ni réconciliation avec le régime».
Or, le GIA et le FIDA sont largement noyautés par le DRS dirigé par le général Mohamed Médiène, dit Tawfik -cette réunion avait été filmée et y avait assisté par exemple un certain Antar Zouabri, agent du DRS, qui deviendra l’un des chefs les plus sanguinaires du GIA. Le DRS réalise ainsi une belle opération en unifiant les différents groupe armés sous l’égide du GIA: il intègre ainsi aux groupes qu’il contrôle une bonne partie de la véritable mouvance terroriste armée ce qui lui permet de pouvoir l’éradiquer le cas échéant au moment opportun, il compromet Abassi Madani et Ali Benhadj responsables du FIS en les assimilant à des terroristes jouant un double jeu. Dans les semaines qui suivent, l’intensité des actions terroristes se développe: une semaine à peine après l’assassinat des marins italiens, voilà que cinq coopérants techniques étrangers -quatre russes et un roumain- sont tués au tunnel de Oued-Ouchaïech, à Alger, à une centaine de mètres seulement d’un barrage policier; des centaines d’écoles de villages suspectés de sympathie pour les islamistes sont incendiés.

Tonalité
L’affaire des gendarmes français, au début d’août 1994, donne un relief particulier à cette situation. Un groupe d’hommes portant des uniformes militaires à bord d’un véhicule Nissan -du même type que ceux des forces de sécurité- forcent le portail de la cité Aïn-Allah, au Sud-ouest d’Alger, où sont retranchés des dizaines de fonctionnaires consulaires français.
Le commando abat trois gendarmes et deux employés français. François Léotard et Alain Juppé, respectivement ministres de la Défense et des Affaires étrangères se rendent le même jour à Alger où ils sont reçus par le président Zeroual. Le 5 août, dans une lettre publiée par le quotidien arabe de Londres El Hayat, un communiqué du GIA revendique l’assassinat des cinq fonctionnaires français. Pour autant, aucune enquête n’a été diligentée par Paris alors que des témoignages recoupés mettent en cause le colonel Athmane Tartag, dit Bachir, patron du Centre principal militaire d’investigation (CPMI) localisé à Ben-Akroun, un organe du DRS relevant de la direction centrale de la sécurité de l’armée (DCSA), dirigée entre 1990 et 1996 par le colonel puis général Kamel Abderrahmane, remplacé à cette date par le général Mohamed Zeghloul.
C’est en 1997 que les massacres comme mode de gestion politique par les généraux éradicateurs prennent une dimension exceptionnelle et se multiplient dans la région d’Alger. Contre le “clan Belkheïr”, le président Zeroual et le général Mohamed Betchine, son conseiller, confortés par leur victoire aux élections législatives et la tonalité moins défavorable des grandes chancelleries (Etats-Unis, France,…) décident de réintégrer le FIS de Abbasi Madani dans la vie politique, ils comptent ainsi peser davantage sur les éradicateurs du haut commandement militaire.
Ils arrivent à imposer le général Tayeb Derradi pour succéder au général Brahim Fodhil Chérif du “clan éradicateur”, à la tête de l’état-major de la gendarmerie. Ils finalisent aussi un plan de paix avec le FIS marqué par une trêve pour le 1er octobre 1997. Et ils libèrent à cette fin plusieurs leaders du FIS, notamment Ali Benhadj, puis Abassi Madani et Abdelkader Hachani. Hocine Aït Ahmed, leader du FFS, demande alors la levée de l’état d’urgence instauré depuis janvier 1992, la «vérité sur les massacres de civils» et une «solution politique globale».
Les principaux généraux éradicateurs redoutent cette nouvelle situation et se lancent dans une terrible escalade pour contrecarrer les initiatives du président Zeroual: l’organisation de massacres de masse éligibles à un “terrorisme d’Etat” sans précédent peut-être dans la seconde moitié du XXème siècle.

Témoignages
Presque chaque nuit, des dizaines de villageois sont ainsi assassinés dans le Grand Alger et la Mitidja. Le 5 septembre, plus de 70 personnes sont liquidées à Sidi Youcef, un bidonville de Beni Messous dans la banlieue d’Alger, par des tueurs venus en camions militaires. Une zone pourtant extrêmement “sécurisée” avec pas moins de quatorze casernes dans un périmètre d’une dizaine de kilomètres et à deux cents mètres du siège du DRS…
Le 21 septembre, le Premier ministre Ahmed Ouyahia déclare que «le dossier FIS est clos» pour bien montrer que le projet présidentiel de réinsertion du FIS est écarté. Il précise également qu’il n’y a plus qu’un «terrorisme résiduel»; mais, le lendemain, dans le quartier Haï el Djilali de Bentalha, un “groupe islamiste” massacre méthodiquement 417 personnes, dont des femmes et des enfants.

Massacres
A noter que deux semaines auparavant, un contingent de 4.000 parachutistes avait pris ses quartiers à Caïd-Gacem, à Gué de Constantine et dans la caserne de Baraki, à quelques kilomètres de Bentalha… Au même moment, l’Armée Islamique du Salut (AIS), branche armée du FIS, annone par un communiqué de son “émir national”, Madani Merzag, un cessez-le-feu unilatéral à partir du 1er octobre 1997.
Il s’agit là d’un torpillage du plan de paix de Zeroual qui devait entrer en vigueur ce même jour avec l’ouverture de discussions officielles avec le FIS.
Cette trêve militaire, négociée secrètement depuis des mois, vise plusieurs objectifs; montrer la capacité du clan éradicateur à arracher de vraies concessions aux islamistes et fragiliser ainsi le président Zeroual. Cet accord a été négocié par Smaïl Lamari. Le clan présidentiel est affaibli mais les généraux n’ont pas encore de solution de rechange pour investir de plain-pied la façade institutionnelle du régime. Un bras de fer entre les deux clans est engagé qui va durer plusieurs mois. Et les massacres de civils par des “bandes armées islamistes” continuent dans l’horreur et la barbarie alors que l’opinion internationale s’interroge de plus en plus sur les véritables instigateurs de ces tueries. A l’automne 1997, le GIA revendique tous ces massacres dans un communiqué parvenu au journal El-Ansar, à Londres, sous la signature Antar Zouabri, “émir national” qui a succédé à Jamel Zitouni à l’été 1996.
Personne n’est dupe, le GIA est le bras armé du DRS du général Médiène. On a eu droit depuis 1992 et surtout depuis 1994 à des massacres “islamistes“ des généraux éradicateurs. La violence sauvage est un mode privilégié de gestion politique, elle vise à entretenir la terreur pour consolider leur pouvoir et conforter leurs intérêts; elle est un “message” tant en direction de leurs adversaires que de la communauté internationale et elle trouve dans la lutte antiterroriste après le 11 septembre 2001 une nouvelle “légitimité” en s’insérant dans la globalisation mise en avant par l’administration Bush et les néoconservateurs américains.
Reste encore vivace le “syndrome Pinochet” chez les généraux. Il s’agit d’éviter de se retrouver un jour devant la justice internationale, tel le dictateur chilien Pinochet, arrêté à Londres en octobre 1998. Le général Khalid Nezzar, à Paris, à la fin avril 2001, pour faire la promotion de ses mémoires, intitulées Echec à une régression programmée, était également venu pour tenter d’éteindre l’incendie déclenché par le livre de l’ex-lieutenant Habib Souaïdia sur La Sale guerre.

Vitrine
Il apprend, en pleine conférence de presse, qu’une plainte a été déposée contre lui pour «torture, traitements inhumains, cruels et dégradants» par une famille algérienne dont le fils est mort ainsi que par deux autres Algériens torturés par ses services. Le soir même, un avion spécial l’exfiltre pratiquement pour lui faire regagner l’Algérie dans des conditions juridiques et diplomatiques connues de tous et qui sont une tache noire pour le Quai d’Orsay.
Une vitrine civile est trouvée en la personne de Abdelaziz Bouteflika, qui sert de de paravent à une junte de généraux en déficit de légitimité au dedans et au dehors. Il est élu le 15 avril 1999. Mais la nature du régime, son ADN en quelque sorte, a-t-elle changé? La précédente décennie de sang marquera longtemps la mémoire collective du peuple algérien.


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MessagePosté le: Lun 28 Fév - 20:14 (2011)    Sujet du message: Publicité

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