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Un ex militaire accuse l'armée Algerienne

 
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MessagePosté le: Ven 11 Mar - 18:34 (2011)    Sujet du message: Un ex militaire accuse l'armée Algerienne Répondre en citant

Il s’appelle Abdelkader Tigha.
Depuis décembre 2002, et une interview fracassante accordée depuis une cellule du Centre de l’immigration de Bangkok au journal Libération, cet ancien sergent-chef en poste, dans les années 90, au Centre territorial de recherches et d’investigations (CTRI) de Blida accuse l’armée algérienne d’avoir orchestré l’enlèvement des sept moines de Tibéhirine, dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, près de Médéa, à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest d’Alger. Les têtes des moines seront retrouvées deux mois plus tard.




Selon Tigha, les « services » algériens auraient manipulé le GIA (Groupe islamique armée) afin d’enlever les moines et de faire pression sur la France. L’opération aurait mal tournée. D’un groupe dirigé par l’ « émir » du GIA, Djamel Zitouni, contrôlé et infiltré par l’armée, les moines seraient ensuite passés aux mains d’un autre groupe, « non contrôlé », dirigé par Besiou Hocine, alias Abou Moussaab.
Une version qu’il répétera devant plusieurs journalistes qui l’ont rencontré, ainsi que dans un livre publié en 2008 : « Contre espionnage algérien. Notre guerre contre les islamistes » (éditions Nouveau Monde, avec Philippe Lobjois).
Pourtant, malgré l’insistance de Patrick Baudouin, l’avocat des parties civiles, Abdelkader Tigha ne sera jamais entendu par le juge Jean-Louis Bruguière qui a instruit le dossier des moines de 2004 à 2007. Tigha sera pourtant « débriefé » par la DST (Direction de la surveillance du territoire) sur le sol français en 2006. Mais le juge Bruguière ne daignera pas convoquer l’ancien militaire algérien dans son bureau.
Son successeur, le juge Marc Trévidic, qui a repris le dossier des moines, ne l’entend pas de cette oreille.
Pour la première fois, le juge Marc Trévidic a pu entendre Abdelkader Tigha. Le 10 novembre dernier, le magistrat, ainsi que la juge d'instruction Nathalie Poux, se sont envolés pour Amsterdam, où s’est réfugié Abdelkader Tigha, après avoir transité par plusieurs pays (Tunisie, Syrie, Thaïlande, Jordanie….).
Pour des raisons de procédure judiciaire, le juge Trévidic a interrogé Tigha par le biais d’un autre magistrat néerlandais, assisté d’un traducteur. Le procès verbal d’audition a été rédigé en néerlandais, avant d’être traduit, plus tard, en français.
Dans ce procès-verbal de synthèse que nous avons pu consulter, Tigha désigne, à nouveau, l’armée comme responsable de l’enlèvement des moines. Le cadre procédural entourant cette déclaration de Tigha lui donne, évidemment, un tout autre impact.



Si certains aspects du témoignage de Tigha doivent toutefois être considérés avec prudence (l’homme a parfois varié dans ses déclarations publiques sur, par exemple, le fait de savoir s’il avait directement aperçu les moines après leur enlèvement ou simplement le véhicule qui les transportaient), sa déposition devant le juge Trévidic constitue néanmoins une réelle avancée dans l’enquête, étant donné les liens entre le CTRI de Blida, où travaillait Tigha, et la Direction du renseignement et de la sécurité (DRS) algérienne.
Selon nos informations, Abdelkader Tigha devrait être entendu une deuxième fois, dans les semaines qui viennent, afin de préciser certains aspects de son témoignage.

Autre nouveau développement, révélé par France Inter, dans l’enquête du juge Trévidic, des notes de la DST adressées au général Rondot récemment déclassifiées indiquent que, selon Alger, les moines de Tibéhirine auraient bien été localisés, le 22 mai 1996, « au lieu-dit Tala Ser (fontaine secrète) », près de Blida. C’est ce que laissait déjà entendre un précédent document déclassifié du général Rondot. Information sérieuse ou intoxication du régime algérien ? Un communiqué du GIA, daté du 21 mai (dont l’authenticité est sujette à caution), annoncera l’exécution des otages…
Une autre note déclassifiée, datée du 24 mai 1996, révèle la teneur d’une conversation téléphonique entre Rondot et l’un des chefs du DRS (Département de renseignement et de sécurité) algérien, le général Smaïl Lamari (dit « Smain »). Rondot note que, selon Lamari, ce serait « le harcèlement sur le terrain » de l’armée algérienne contre les groupes islamistes qui serait « la cause principale » de « l’exécution des moines. » Selon le général Lamari, « la gestion au quotidien de sept otages âgés et donc difficile à déplacer était probablement devenue une charge trop lourde pour les maquisards traqués. »
Le cimetière du monastère de Tibéhirine.



Le témoignage d’Abdelkader Tigha au juge Trévidic résumé en 10 questions


1/ Qui a décidé de l’enlèvement ?
« Les services secrets [algériens] avaient organisé l’enlèvement », affirme Abdelkader Tigha au juge Trévidic.
2/ Par qui les moines ont été enlevés ?
Abdelkadher Tigha désigne « les GIA » Groupes islamiques armés comme « responsables de l’enlèvement des moines », sous la houlette de Mouloud Azzout (l’un des principaux collaborateurs de Djamel Zitouni), qualifié par Tigha d’ « ordinateur des GIA. »
Après l’enlèvement des moines, le GIA aurait été escorté par un « groupe d’intervention spéciale du GIS », « l’équipe d’intervention la plus importante du service secret algérien », selon Tigha.
3/ Où sont emmenés les moines ?
Pour Tigha, qui cite le témoignage d’un « voisin et ami », « officier dans le service de la police pénale », « les moines ont été emmenés au Centre territorial de recherches et d’investigations (CTRI) à Blida, situé à environ 48 kilomètres de Tibhirine. » « Je n’ai pas vu entrer les moines, précise l’ex-militaire, mais j’ai vu les véhicules. » Les hommes du GIA « qui ont enlevé les moines dormaient dans le CTRI, juste avant l’enlèvement (…)Ils dormaient dans un local spécial. » Ce qui, selon Tigha, était fréquent : « A cette époque, il y avait des terroristes qui dormaient dans notre centre. »
« Après l’enlèvement, les moines ont séjourné dans ces locaux, à Blida, affirme l’ex-sergent-chef. Je n’y ai pas assisté personnellement, mais je l’ai su par mon voisin (…)Dans cette région, lorsque l’on interpelle une personne, on lui couvre la tête, donc les moines n’ont pas été les seuls à subir ce traitement. Ainsi, on veut éviter que la personne interpellée repère les lieux où elle est emmenée. »
« Cette opération était très secrète, poursuit-il. Après l’enlèvement [des moines], certaines personnes ont eu des remords, et elles ont parlé. Mais c’était déjà trop tard. »

Dans son livre paru en 2008, Tigha explique qu’après leur enlèvement « les moines ne savent pas qu’ils sont au CTRI. C’est Mouloud Azzout et lui seul qui les a interrogés (…)Les moines pensent qu’ils sont dans le refuge d’un groupe armé. »
4/ Pourquoi emmener les moines au CTRI de Blida ?
« C’était le lieu le plus sûr, explique Tigha. Le centre de détention était ultra secret. Je ne sais pas pourquoi les moines n’ont pas été emmenés tout de suite dans le maquis », dit-il, émettant l’hypothèse qu’il fallait d’abord les placer dans un lieu contrôlé par le renseignement algérien, afin que d’autres militaires « de base » ne les retrouvent pas : « Une opération militaire a alors été engagée pour donner l’impression que l’on cherchait les moines de manière sérieuse. Si l’armée n’était pas intervenue, les Français auraient dit : ‘‘ Pourquoi les autorités algériennes ne font rien ? ’’ L’armée ne savait rien. Seuls les responsables étaient au courant. Les militaires de base ne savaient pas ce que savaient leurs supérieurs. »
5/ Quel rôle a joué le n°2 du GIA, Mouloud Azzout ?
Pour Tigha, Mouloud Azzout a joué un rôle charnière dans l’enlèvement des moines de Tibéhirine, en lien constant avec les « services » algériens.
Selon Tigha, Mouloud Azzout aurait rencontré le n°2 du DRS, Smain Lamari, au CTRI de Blida « trois à quatre jours avant l’enlèvement. »
« Azzout entretenait des contacts avec les services de la sûreté algérienne, explique l’ancien sergent-chef. Il était un atout dans les mains de Lamari pour la communication avec l’Europe entière (…)Les communiqués de presse rédigés par Azzout étaient signés par Zitouni. Zitouni était sans importance. Il avait tout simplement un élevage de poules. Azzout était le cerveau. Il disposait d’une petite valise, achetée en Angleterre, permettant d’établir une connexion téléphonique par satellite. »
Abdelkader Tigha suggère au juge Trévidic d’interroger, à ce sujet, l’islamiste algérien Rachid Ramda (condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, le 26 octobre 2007, par la Cour d’assises de Paris pour son rôle dans la vague d’attentat à Paris, à l’été 1995) : « Il peut dire qui était Azzout », assure Tigha.
Le général Lamari n’avait « qu’une seule option, poursuit l’ancien militaire du CTRI de Blida, à savoir l’infiltration (…)Son objectif consistait à susciter la guerre entre les différents groupes (…)Il y avait divers groupes terroristes. Et il y avait des sous-organisations et plusieurs courants différents, à savoir le Jihad, le Fida [Front islamique pour le djihad armé], les GIA, ainsi que des groupes indépendants. Tous les jours, il y avait des morts. »
« La stratégie des services secrets consistait à s’orienter sur la base des groupements et de leur offrir des armes, précise-t-il. Les GIA et l’AIS [l’Armée islamique du salut] ont alors commencé à se battre entre eux. Le général Lamari détient toutes [les] clefs quant aux différentes décisions. C’est comme cela que ça fonctionne en Algérie. »
6/ Où les moines ont-ils été transférés après le CTRI de Blida ?
Selon Tigha, les moines auraient ensuite été transportés « dans une maison située dans le maquis » appelée « Talakarmoud », ce qui veut dire : « tuiles rouges ». « Ce genre de nom correspond en fait à un code, explique Tigha. (…) Un individu –un repenti– est venu des montagnes au CTRI et il a dit que les moines se trouvaient à Talakarmoud. Les militaires ne se sont alors pas rendus à cet endroit. En revanche, trois jours plus tard, ils y sont allés. A ce moment là, ils n’y ont trouvé que des matelas. »
Un épisode qu’Abdelkader Tigha avait déjà évoqué le 30 juillet 2009 dans les colonnes du Figaro :
« J’ai lu dans les documents de mon service, évoquant les déclarations des repentis, qu’ils étaient passés avec les moines à Talakarmoud, une maison aux briques rouges, explique encore Tigha. Tala Acha correspond à une région montagneuse où séjournaient tous les terroristes. C’est le poste de commandement des GIA. Les terroristes l’appelaient Tala Acha, mais le vrai nom sur la carte est le maquis de Chréa, » une zone située au sud de Blida.
7/ Quel était l’objectif de cet enlèvement ?
Il s’agissait « de faire du chantage vis-à-vis de la France et de jeter le discrédit sur les mouvements islamistes », estime Abdelkadher Tigha, grâce à « la manipulation » et à « l’infiltration. »
Pour l’ancien militaire du CTRI de Blida, le plan initial (comme dans l’épisode trouble du « vrai-faux » enlèvement de trois agents consulaires français en Algérie, en octobre 1993) était, dans un deuxième temps, de faire libérer les moines afin d’envoyer un message clair à la France pour qu’elle soutienne la politique « éradicatrice » des généraux : « Ce genre d’actions n’est que du cinéma, résume Tigha. Le fait d’enlever les moines et ensuite de les libérer permet à Lamari de dire qu’ils ont été libérés. C’était du cinéma politique (…)C’était une affaire politique entre les généraux. »
Précision : à l’époque, les généraux voulaient torpiller le processus de paix lancé à Rome, fin 1994, à l’initiative de la communauté catholique Sant’Egidio, autour des opposants algériens, y compris le FIS (Front islamique du salut). Un processus soutenu alors par la France.
Selon Tigha, le deuxième objectif de cet enlèvement aurait été d’obliger les moines, (qui portaient assistance aux blessés, qu’ils soient soldats en uniforme ou islamistes) à quitter leur monastère de Tibéhirine. « Le CTRI en avait marre que les moines aident les terroristes passant par là, explique l’ancien militaire. Les moines eux-mêmes n’étaient pas des terroristes, mais leur aide était embarrassante. »
8/ Qui a tué les moines ?
Selon Tigha, les moines auraient changé de ravisseurs pendant leur captivité. Ils auraient été « déplacés de la zone 1 » du maquis, sous le contrôle de Djamel Zitouni et de Mouloud Azzout, manipulés par le DRS, vers « la zone 2 », où se trouvait un autre groupe islamiste, dirigé par Besiou Hocine, alias Abou Moussaab, présenté par Tigha comme « non infiltré » par le DRS, et qui « voulait s’établir avec force au sein des GIA. »
« Azzout a perdu le contrôle sur les moines, croit savoir Tigha. En fait, les moines ont été enlevés de nouveau. Le groupe qui avait enlevé les moines la première fois se trouvait sous la surveillance du service. Ce ne fut pas le cas pour le deuxième groupe. Et alors les choses se sont gâtées. Tout à coup, [le général] Lamari a dû faire face à un problème. »
Pour Tigha, la « gorge » des moines aurait donc « été tranchée dans la zone 2, par des gens de la zone 2. »
Une version qui, pour l’instant, n’est pas étayée par l’enquête du juge Trévidic.
Entre les différents mouvements islamistes, « c’était la guerre pour prendre la direction du groupe, poursuit Tigha. Ils s’assassinaient entre eux. C’était par ailleurs l’objectif du service, que de savoir démolir les différents groupes (…)Le chef de la zone 2 n’était pas un disciple de Zitouni et il voulait lui-même s’emparer du pouvoir. Notre service voulait que la direction du GIA reste dans les mains des personnes de la région d’Alger. »
Dès lors, comment expliquer le communiqué de presse du 21 mai 96 de Djamel Zitouni annonçant l’exécution des moines ? « Je l’ignore, répond Abdelkader Tigha au juge Trévidic. Il se peut qu’Azzout s’en [soit] mêlé. Il était le chef de la communication. Le groupe de Zitouni dirigeait les GIA, qui rédigeaient les communiqués de presse. »
Dans son livre, « Contre-espionnage algérien : notre guerre contre les islamistes » (éditions Nouveau Monde, 2008), Tigha fait le récit suivant de la mort des moines : « Mouloud Azzout viendra s’expliquer au CTRI sur les circonstances de l’acheminement des moines et de leur enlèvement. Il confirmera que la guerre à mort qui était en train de se dérouler entre les différents émirs du GIA pour le contrôle de l’émirat national avait fait capoter toute l’histoire. Une guerre des chefs dont les moines vont faire les frais. Il expliquera qu’après avoir interrogé les moines, ils étaient partis vers les hauteurs de Blida afin de rejoindre le fief de Djamel Zitouni, au lieu dit de Tala Acha. C’est là-haut que tout avait dérapé. Abou Mossab, un émir du GIA, avait décidé de s’emparer des moines. De son vrai nom, Hocine Besiou, il était l’émir de Bougara. Lui, le CTRI ne le contrôlait pas du tout. »
9/ Abderrazak Le Para a-t-il participé à l’enlèvement ?



Parfois surnommé « le Ben Laden du Sahara », Abderrazak Le Para est un ancien parachutiste passé au GIA puis au Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), soupçonné d’être un « agent double » des services algériens. Récemment, El Para a été désigné par d’anciens repentis des Groupes islamiques armés comme ayant joué un rôle dans l’enlèvement des moines.
Ces témoignages d’anciens repentis ont été dévoilés, en mars 2010, par le juge Trévidic qui a fait traduire les enregistrements audio-visuels de déclarations de ces membres du GIA, recueillies par la police algérienne, en 2006. Ces enregistrements avaient été placés par le prédécesseur du juge Trévidic, Jean-Louis Bruguière, dans un coffre-fort au sein de son cabinet, comme l’a révélé le site Médiapart .
Le juge Bruguière s’était contenté de la transcription écrite, fournie par les autorités algériennes, du témoignage de ces repentis algériens. Or, le rôle d’Abderrazak El Para dans le rapt des moines avait soigneusement écarté par Alger dans cette transcription écrite…

Sur le rôle éventuel d’El Para dans l’enlèvement des moines, Abdelkader Tigha ne se montre guère prolixe. Il affirme cependant qu’ « Abderrazak Le Para travaillait pour les services secrets algériens. Je peux confirmer ces dires, assure-t-il. Il est détenu en Algérie à cause [des] service secret. Il y a eu plusieurs procès au tribunal auxquels il n’a pas assisté. On l’a caché ou exécuté. »
10/ Quid de l’hypothèse d’une « bavure » de l’armée algérienne ?
Le 25 juin 2009, le général François Buchwalter, ancien attaché de défense à l’ambassade de France à Alger, déclarait au juge Trévidic que les moines auraient été victime d’une sorte de « bavure » de l’armée algérienne, « criblés de balles » suite au mitraillage d’un bivouac dans l’Atlas blidéen par deux hélicoptères, qui auraient ensuite prévenu « par radio le CTRI de Blida. »
Une version qui ne convainc pas complètement certains spécialistes du dossier algérien, comme l’éditeur François Gèze, également prudent sur « la version donnée par le sergent-chef Tigha (les trappistes auraient été raflés aux hommes de Zitouni par un autre responsable du GIA authentiquement islamiste, lui, qui les aurait exécutés par cruauté) qui apparaît « plus que fragile. »
Une certitude demeure : Abdelkader Tigha était bien au cœur du processus d’infiltration et de manipulation des groupes islamistes au CTRI de Blida. En « rajoute-t-il » dans son témoignage sur les moines ? C’est ce que devra tenter de déterminer l’instruction.
En tous cas, la thèse d’une « bavure » de l’armée algérienne, décrite par le général Buchwalter, est écartée par Tigha : « Ce que j’apprends à présent au sujet de l’accident d’hélicoptère n’est pas vrai, déclare-t-il au juge Trévidic. Je connais personnellement le chef de la compagnie d’hélicoptères, à savoir Yousfi. Avec lui, j’ai effectué plusieurs vols de reconnaissance. »
Et Tigha de conclure son audition par ces mots : « Il n’y a jamais eu d’investigation pour retrouver les corps des moines. Tout cela s’est passé il y a quatorze ans, et il y a eu des milliers de repentis, mais pas un seul corps n’a été retrouvé. On n’a pas fait de recherches. C’est kafkaïen. »


Patrick Baudouin : « Les moines étaient des gêneurs pour les services algériens »


Pour Patrick Baudouin, l’avocat des parties civiles dans le dossier des moines de Tibéhirine, le témoignage d’Abdelkader Tigha dans la procédure judiciaire est « essentiel » car « il résume trois points essentiels » concernant l’enlèvement des moines :
1- Sur le mobile : « Tigha confirme que le mobile c’était de faire partir les moines et de faire pression sur la France », résume l’avocat.
2- Sur les acteurs : « Tigha confirme que cette opération a été mené à l’initiative des services algériens, en lien avec le numéro 2 du GIA, Mouloud Azzout, car il y avait une infiltration des islamistes. »
3- Sur l’enlèvement : « Il décrit comment l’opération a pu se passer, donnant des explications sur le passage des moines au CTRI de Blida pendant la nuit de l’enlèvement », poursuit Patrick Baudouin.
Pour l’avocat des parties civiles, les déclarations de Tigha « ont un côté accablant pour les services algériens. » Même s’il faut prendre son témoignage « avec précaution », ajoute Patrick Baudouin (notamment sur l’assassinat des moines où Tigha reste assez « imprécis »), il n’en constitue pas moins « un témoin clé », « au cœur » de cette affaire.
Les « considérations amères » du général Rondot


Dès l’enlèvement des moines, le général Philippe Rondot est en première ligne, dans ce dossier pour le compte de la DST (Direction de la surveillance du territoire), alors en lien étroit avec le DRS, le renseignement algérien.
A l’époque, le DRS refuse toute relation avec la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure), les services secrets français qui seront finalement activés dans ce dossier par le Premier ministre, Alain Juppé. L’un des chefs du DRS, le général « Smain » Lamari est en contact régulier avec Rondot, qui se rend à Alger du 5 au 7 avril 1996.
Les notes déjà déclassifiées font apparaître une certaine amertume du général Rondot, vis-à-vis des autorités algériennes.
Ainsi dans une note « confidentiel défense » du 8 avril 1996, Rondot écrit : « Restons donc prudents dans nos analyses et circonspects par rapport au ‘‘produit’’ livré par la DCE [le contre-espionnage algérien], tout en nous préparant au pire. »
Dans une autre note du 10 mai 1996, Rondot détaille ses « considérations (amères) sur la gestion de l’affaire des moines de Tibéhirine », souhaitant ne plus demeurer « dépendants –au plan du renseignement et de l’action– des Services algériens », qui, écrit Rondot, « peuvent être, en effet, tentés de régler brutalement ce qu’ils considèrent comme un simple ‘‘fait divers’’ (selon une formule entendue) ».
Dans un troisième document déclassifié adressé au direteur de la DST, Philippe Parent, le 27 mai 1996 (après la diffusion du communiqué 44 du GIA annonçant la mort des moines), Rondot évoque « la relative tolérance » des services algériens dont a bénéficié le GIA de Djamel Zitouni « pour des raisons d’ordre tactique. »
Dans ce document de 5 pages du 27 mai, Rondot explique également avoir reçu, le 21 mai 1996 à 19h30, un fax chiffré du général Lamari expliquant avoir localisé les moines, « à Tala Ser, détenus par le groupe El-Khadra, dépendant de Djamel Zitouni » Rondot le presse d’agir, dès le lendemain matin, par fax crypté. Mais il n’obtiendra aucune réponse, comme Rondot le reconnaîtra devant le juge Trévidic, le 27 septembre 2010.
« Le sort des sept moines ne semblait pas devoir être considéré, par les responsables militaires algériens, comme plus important que le sort d’autres », résume, amer, le général Rondot dans cette note du 27 mai 1996.



photo : Benoit Tessier/Reuters. © Le général Rondot

Quand les « services » algériens estiment que le « harcèlement » de l’armée à provoqué la mort des moines


De nouveaux documents de la DST déclassifiés dans la procédure judiciaire mettent, une nouvelle fois, en lumière le double-jeu des services algériens dans l’affaire des moines.
Le premier document déclassifié précise, selon le renseignement algérien, la localisation supposée des moines, avant leur mort.
Cette note du 22 mai 1996 « à l’attention particulière du Général [Philippe] Rondot » explique que selon un « terroriste repenti » les moines auraient été « enlevés par le terroriste Maizi Mohamed, alias Abou Hareth. » Ils auraient ensuite été « dirigés à l’issue de Médéa, vers les hauteurs de Bougara (Blida) » puis « séquestrés au lieu-dit Tala Ser (fontaine secrète) par les éléments de la Katiba (compagnie) « El Khadra », sur injonction de l’émir du GIA, Zitouni Djamel. »
Ce document précise qu’ « en ce lieu, se trouve aussi une maison qui sert de « prison » aux moines » : « nos investigations se poursuivent », assurent les « services » algériens à la DST.
En réalité, le sort des moines est probablement déjà scellé…
> Voir le document



Interrogé par le juge Trévidic sur ce lieu-dit de « Tala Ser », cité par les « services » algériens comme l’endroit où sont censés se trouver les moines, l’ancien sergent-chef Abdelkader Tigha explique qu’il ne se « souvien[t] pas de ce nom (…) Les terroristes ne font que parler de manière codée, dit-il (…) Tous les dix kilomètres, on retrouve un nouveau code (…) Notre travail d’investigation consistait en effet à trouver la signification des codes. »
Autre document déclassifié, une note du général Rondot du 23 mai 1996 adressée « à l’attention personnelle du Général Smain Lamari. »
Après l’avoir remercié pour son « très intéressant message (…) précisant la localisation et les conditions de détention des Moines », Rondot interroge Lamari : « Avez-vous une idée sur l’exploitation opérationnelle qui pourrait être faite de ce renseignement ? » Il s’inquiète également de n’avoir « toujours pas reçu de nouveau signal du GIA », alors que « seules quelques démarches d’origine religieuse ont eu lieu en direction de la mouvance islamiste pour assurer la survie des otages. »
> Voir le document



Le général Rondot a-t-il vraiment pris au sérieux les dernières « informations » du général Lamari sur les moines, localisés à Tala Ser ? C’est peu probable. Cet hypothétique « espoir » fut, de toute façon, de courte durée, étant donné le silence algérien qui a suivit la requête de Rondot concernant « l’exploitation opérationnelle qui pourrait être faite de ce renseignement. »
Dernière note déclassifiée : il s’agit d’une synthèse en cinq points, datée du 24 mai 1996, détaillant une conversation téléphonique entre Philippe Rondot et le général Lamari, alors que l’exécution des moines a été annoncée par le communiqué n°44 du GIA, daté du 21 mai 1996.
« Le communiqué n°44 est sans aucun doute authentique », assure, en premier lieu, le général Lamari à Rondot.
Pourtant, l’authenticité de ce communiqué est sujette à caution.
Ainsi, lors de sa déposition devant le juge Trévidic, le général François Buchwalter, ancien attaché de défense à l’ambassade d’Alger, faisait part de ces sérieux doutes concernant ce communiqué du GIA : « En fait, il y a eu deux versions de ce communiqué 44, explique le général Buchwalter. J’ai eu la première version, je crois par un journaliste. J’ai donné cet exemplaire à un islamologue, M. Ferrrandi. Il m’a dit que mes islamistes n’étaient pas doués, car il y avait une erreur dans le verset cité du Coran. Puis, une deuxième version de ce communiqué, corrigé, sans l’erreur de référence du verset du Coran, est arrivée par le canal habituel. C'est-à-dire qu’il a été envoyé à la station Médi-Un à Tanger, qui recevait habituellement les communiqués et les répercutait sur la presse. »
Autre aspect détaillé dans ce document déclassifié du 24 mai 1996 : l’exécution des moines. Elle est présentée par le général Lamari comme une simple conséquence de la lutte contre les groupes islamistes :
« Il n’y a pas de raison particulière à l’exécution des moines, explique ainsi le général Lamari à Rondot. Selon l’officier algérien, c’est ‘‘le harcèlement sur le terrain qui en est sans doute la cause principale’’. En effet, la gestion au quotidien de sept otages âgés et donc difficile à déplacer était probablement devenue une charge trop lourde pour des maquisards traqués. »
Autrement dit : le GIA aurait exécuté les moines, sous la pression des militaires algériens qui, officiellement, « quadrillent la zone », « du sud de Bougarra jusqu’à l’est de Médéa » et dont « la stratégie d’ensemble consiste à profiter de l’éclatement des groupes du GIA », note encore ce document déclassifié.


Le téléphone satellite « indétectable » de Djamel Zitouni


« En ce qui concerne les dépouilles des moines, le Général Smain dit qu’elles sont recherchées activement, écrit encore Rondot dans cette note, mais qu’il y a peu de chances pour les retrouver dans l’immédiat, compte tenu de la nature du terrain et de la pression désormais forte exercée sur Djamel Zitouni. On ne peut exclure toutefois que ce dernier les expose ici ou là. C’est parfois sa pratique. »
De façon difficilement compréhensible, les autorités algériennes se disent incapables de localiser un Djamel Zitouni, pourtant présenté comme disposant d’un téléphone satellite !
« Djamel Zitouni dispose d’un téléphone satellisé alimenté par un groupe électrogène, écrit Rondot, auprès de qui « le Général Smain se plaint de ne pas disposer des moyens nécessaires pour localiser ce portable. » Rondot note, dans la foulée : « Est-ce techniquement possible ? », avant, semble-t-il, de faire part de son scepticisme sur l’impuissance supposée des services algériens à localiser Zitouni, avec cette formule ambigüe : « Sur ce point, on note une requête voilée de la part du général algérien. »
« En cas d’évènement particulier, le Général Smain se manifestera comme, dit-il, il l’a toujours fait », écrit, en conclusion, le général Rondot.
> Voir le document




En juillet 96, les autorités algériennes annoncent la mort de Djamel Zitouni, officiellement tué dans le maquis, pour certaines sources liquidé par le DRS. Sa disparition a dû arranger beaucoup de monde…


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